Fisherman Blues

Fisherman Blues


Blue boats on a blue sea.
In the inlet of thought
suppressed,
they look but do not see.

The treasure of the depths
caught in the net of the eye.
The scent of life
captured by the memory.

A tranquil blues
of the water and the sky
sparkles like the priceless gems
gathered in peace.

The moments lost
in perpetual motion
immerse in the stillness
of the silver eve.

Copyright © 2016 Kat


Note: Sea is fascinating and soothing. It speaks a mysterious language of travels, colors, culture, traditions, pain and pleasure. I wanted to share images captured in different places and I asked my friend Kat in the Afterlight to put her words on my pics. And she sang the fisherman blues.

Thanks Kat, vaya con Dios!

If you speak Italian, you can also read Mare s. m. [lat. mare]

 

Le Voyage

Le Voyage

À Maxime du Camp

I

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers:

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom!

II

Nous imitons, horreur! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où!
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou!

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie;
Une voix retentit sur le pont: «Ouvre l’oeil!»
Une voix de la hune, ardente et folle, crie:
«Amour… gloire… bonheur!» Enfer! c’est un écueil!

Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

Ô le pauvre amoureux des pays chimériques!
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

III

Etonnants voyageurs! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu?

IV

«Nous avons vu des astres
Et des flots, nous avons vu des sables aussi;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux!

— La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près!

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès? — Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin!

Nous avons salué des idoles à trompe;
Des trônes constellés de joyaux lumineux;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse.»

V

Et puis, et puis encore?

VI

«Ô cerveaux enfantins!

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché:

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
»Ô mon semblable, mon maître, je te maudis!«

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense!
— Tel est du globe entier l’éternel bulletin.»

VII

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage!
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui!

Faut-il partir? rester? Si tu peux rester, reste;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme; il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier: En avant!
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix charmantes et funèbres,
Qui chantent: «Par ici vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin!»

À l’accent familier nous devinons le spectre;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
«Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre!»
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

VIII

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l’ancre!
Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte!
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau!

— Charles Baudelaire

En Francais sur ce blog: Chere Lolita est une nouvelle librement inspirée par  par l’heroine de Vladimir Nabokov

The Voyage

To Maxime du Camp

To a child who is fond of maps and engravings
The universe is the size of his immense hunger.
Ah! how vast is the world in the light of a lamp!
In memory’s eyes how small the world is!

One morning we set out, our brains aflame,
Our hearts full of resentment and bitter desires,
And we go, following the rhythm of the wave,
Lulling our infinite on the finite of the seas:

Some, joyful at fleeing a wretched fatherland;
Others, the horror of their birthplace; a few,
Astrologers drowned in the eyes of some woman,
Some tyrannic Circe with dangerous perfumes.

Not to be changed into beasts, they get drunk
With space, with light, and with fiery skies;
The ice that bites them, the suns that bronze them,
Slowly efface the bruise of the kisses.

But the true voyagers are only those who leave
Just to be leaving; hearts light, like balloons,
They never turn aside from their fatality
And without knowing why they always say: “Let’s go!”

Those whose desires have the form of the clouds,
And who, as a raw recruit dreams of the cannon,
Dream of vast voluptuousness, changing and strange,
Whose name the human mind has never known!

II

Horror! We imitate the top and bowling ball,
Their bounding and their waltz; even in our slumber
Curiosity torments us, rolls us about,
Like a cruel Angel who lashes suns.

Singular destiny where the goal moves about,
And being nowhere can be anywhere!
Toward which Man, whose hope never grows weary,
Is ever running like a madman to find rest!

Our soul’s a three-master seeking Icaria;
A voice resounds upon the bridge: “Keep a sharp eye!”
From aloft a voice, ardent and wild, cries:
“Love… glory… happiness!” �Damnation! It’s a shoal!

Every small island sighted by the man on watch
Is the Eldorado promised by Destiny;
Imagination preparing for her orgy
Finds but a reef in the light of the dawn.

O the poor lover of imaginary lands!
Must he be put in irons, thrown into the sea,
That drunken tar, inventor of Americas,
Whose mirage makes the abyss more bitter?

Thus the old vagabond tramping through the mire
Dreams with his nose in the air of brilliant Edens;
His enchanted eye discovers a Capua
Wherever a candle lights up a hut.

III

Astonishing voyagers! What splendid stories
We read in your eyes as deep as the seas!
Show us the chest of your rich memories,
Those marvelous jewels, made of ether and stars.

We wish to voyage without steam and without sails!
To brighten the ennui of our prisons,
Make your memories, framed in their horizons,
Pass across our minds stretched like canvasses.

Tell us what you have seen.

IV

“We have seen stars
And waves; we have also seen sandy wastes;
And in spite of many a shock and unforeseen
Disaster, we were often bored, as we are here.

The glory of sunlight upon the purple sea,
The glory of cities against the setting sun,
Kindled in our hearts a troubling desire
To plunge into a sky of alluring colors.

The richest cities, the finest landscapes,
Never contained the mysterious attraction
Of the ones that chance fashions from the clouds
And desire was always making us more avid!

— Enjoyment fortifies desire.
Desire, old tree fertilized by pleasure,
While your bark grows thick and hardens,
Your branches strive to get closer to the sun!

Will you always grow, tall tree more hardy
Than the cypress? — However, we have carefully
Gathered a few sketches for your greedy album,
Brothers who think lovely all that comes from afar!

We have bowed to idols with elephantine trunks;
Thrones studded with luminous jewels;
Palaces so wrought that their fairly-like splendor
Would make your bankers have dreams of ruination;

And costumes that intoxicate the eyes;
Women whose teeth and fingernails are dyed
And clever mountebanks whom the snake caresses.”

V

And then, and then what else?

VI

“O childish minds!

Not to forget the most important thing,
We saw everywhere, without seeking it,
From the foot to the top of the fatal ladder,
The wearisome spectacle of immortal sin:

Woman, a base slave, haughty and stupid,
Adoring herself without laughter or disgust;
Man, a greedy tyrant, ribald, hard and grasping,
A slave of the slave, a gutter in the sewer;

The hangman who feels joy and the martyr who sobs,
The festival that blood flavors and perfumes;
The poison of power making the despot weak,
And the people loving the brutalizing whip;

Several religions similar to our own,
All climbing up to heaven; Saintliness
Like a dilettante who sprawls in a feather bed,
Seeking voluptuousness on horsehair and nails;

Prating humanity, drunken with its genius,
And mad now as it was in former times,
Crying to God in its furious death-struggle:
‘O my fellow, O my master, may you be damned!’

The less foolish, bold lovers of Madness,
Fleeing the great flock that Destiny has folded,
Taking refuge in opium’s immensity!
— That’s the unchanging report of the entire globe.”

VII

Bitter is the knowledge one gains from voyaging!
The world, monotonous and small, today,
Yesterday, tomorrow, always, shows us our image:
An oasis of horror in a desert of ennui!

Must one depart? Remain? If you can stay, remain;
Leave, if you must. One runs, another hides
To elude the vigilant, fatal enemy,
Time! There are, alas! those who rove without respite,

Like the Wandering Jew and like the Apostles,
Whom nothing suffices, neither coach nor vessel,
To flee this infamous retiary; and others
Who know how to kill him without leaving their cribs.

And when at last he sets his foot upon our spine,
We can hope and cry out: Forward!
Just as in other times we set out for China,
Our eyes fixed on the open sea, hair in the wind,

We shall embark on the sea of Darkness
With the glad heart of a young traveler.
Do you hear those charming, melancholy voices
Singing: “Come this way! You who wish to eat

The perfumed Lotus! It’s here you gather
The miraculous fruits for which your heart hungers;
Come and get drunken with the strange sweetness
Of this eternal afternoon?”

By the familiar accent we know the specter;
Our Pylades yonder stretch out their arms towards us.
“To refresh your heart swim to your Electra!”
Cries she whose knees we kissed in other days.

VIll

O Death, old captain, it is time! let’s weigh anchor!
This country wearies us, O Death! Let us set sail!
Though the sea and the sky are black as ink,
Our hearts which you know well are filled with rays of light

Pour out your poison that it may refresh us!
This fire burns our brains so fiercely, we wish to plunge
To the abyss’ depths, Heaven or Hell, does it matter?
To the depths of the Unknown to find something new!”

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)